L’École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme ENAU accueille la première édition du colloque international « 26’تراب – Turâb’26 : EXPERIENCES DE LA DE-MATERIALITE DE LA CONSTRUCTION EN TERRE » co-organisé par :
- Les laboratoires de recherche Patrimoine, Architecture et Ambiances LarPAA & Villes Durables et Environnement Construit VDEC, Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme ENAU – Université de Carthage UCAR
- Le Centre International de la Construction en Terre CRAterre, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble ENSAG – Université Grenoble Alpes UGA
- Le Laboratoire Ingénierie Géotechnique et Géo-Risques LIGG, Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis ENIT – Université Tunis El Manar UTM
RÉSUME :
Chaque poignée de terre porte en elle une histoire de « dé-matérialité », où la philosophie sensible de la terre cohabite avec les innovations et les nouvelles technologies qui poussent ses limites techniques dans un désir de la déstigmatiser. Bien que durable et écologique, le matériau « terre » suscite une résistance culturelle liée à une image de précarité, induite par la modernité. Ainsi, dans un contexte de changement climatique alarmant, réinventer la construction en terre devient urgent, voire nécessaire. Appréhendant la recherche sur la construction en terre au carrefour de la poétique, de l'ingénierie et de l'innovation et mettant à l’honneur l’architecture de terre en Tunisie et à travers le monde, ce colloque pose un regard transdisciplinaire et résilient sur un matériau universel en mettant en tension sa dimension matérielle et celle immatérielle, inextricablement liées.
ARGUMENTAIRE :
Dans l’approche de la poétique bachelardienne du monde qui nous entoure et sa conception du rôle joué par les quatre éléments de la nature dans la structuration de notre imaginaire, l’élément « Terre » n’a jamais été élémentaire. En effet, convoquant une dialectique du dur et du mou, cette démarche a façonné si intensément des rêveries de la matière qu’il serait difficile de distinguer sa matérialité de son immatérialité, l’inscrivant ainsi dans une approche holistique. Extrapolant cette stratification imaginaire de la terre à son modelage et à son travail, cette vision « dé-matérialisée » de la terre en tant que matière qui interroge les rapports entre l’imaginaire et le rationnel, entre la création et la science, est au cœur des débats actuels sur la construction contemporaine en terre à travers le monde.
Eriger des bâtiments avec le matériau-même de leur ancrage et de leur enracinement au sol renvoie à la fois à la créativité et à la résistance de l’acte de construire en terre de nos jours. En effet, réinventer les architectures et les villes en terre comme engagement écologique dans un contexte de crise environnementale n’est plus à démontrer. Etant une matière première dans la construction à la fois gratuite, durable et engagée envers une culture donnée, la terre séduit économiquement, écologiquement, poétiquement et techniquement, mais aussi, fait peur car véhiculant une image de précarité et de fragilité constructive qui développe une forme de résistance culturelle et psychologique à l’égard de son adoption. Comment valoriser un patrimoine en terre ? Quels seraient les mécanismes de transformation et de changement d’une telle perception socio-culturelle stigmatisante des architectures de terre ?
Face aux avancées technologiques effrénées de l’industrie de la construction 4.0 et étant le matériau de construction le plus répandu à travers le monde, la terre est dans l’obligation de se réinventer afin de croiser les exigences constructives actuelles de résistance, de confort, d’esthétique et de durabilité. Comment réinventer les méthodes et techniques de construction en terre ? Quelle place aux nouvelles technologies dans les processus constructifs sensibles des cultures locales en matière de construction en terre ? Jusqu’à quelles limites pourrions-nous pousser la technologie en matière de construction en terre afin que les innovations soient en adéquation avec la philosophie sensible et poétique de la matière ? Quels acteurs pour un écosystème constructif en terre qui s’alignerait avec les nouvelles technologies ?
Appréhendant la recherche sur la construction en terre par la pratique, et mettant à l’honneur l’architecture de terre en Tunisie et à travers le monde, examinant ainsi des questions encore inexplorées liées à sa connaissance, reconnaissance et à sa conservation, ce colloque pose un regard transdisciplinaire et résilient sur un matériau universel qui a de l’avenir.
Axes thématiques :
AXE 1. De la Poétique de la terre
A la redécouverte d’un matériau qui, au-delà de ses propriétés physiques, est capable de générer des ambiances et des émotions, cet axe thématique du colloque ouvre la voie devant la singularité des expériences qui explorent l’histoire racontée par la terre.
La poétique de la terre réside dans un lien tissé avec l’environnement et l'humain. Par conséquent, la terre revêt un potentiel mémoriel, porteur d’identité et véritable marqueur culturel à travers le temps. Cette spécificité est d’autant plus magnifiée par le fait de construire des espaces avec le matériau-même de leur ancrage au sol. Ainsi, il en résulte une architecture dont le jeu consiste à estomper les limites tangibles du bâtiment et d’en rendre superflue la lecture d’un volume dans une poétique de l’évanescence, effaçant la frontière entre le bâti et son environnement. La poétique de la terre est aussi une invitation à explorer une expérience sensorielle qui considère la sensation du matériau sous la main, sa température, son odeur, son modelage et son remodelage. Ainsi, la perception de l’usager de son espace est fortement influencée par les qualités sensorielles du matériau « terre ». Rien que par ses teintes et ses textures, il est capable de faire varier visuellement la chaleur d’un espace. Bien plus qu’une question de confort climatique, les ambiances générées par la terre deviennent des éléments de conception qui croisent subtilement des récits, des croyances et des structures sociales liés aux architectures vernaculaires de terre. In fine, le lien entre la terre, la mémoire collective et l'identité qui façonne les espaces habités est mis en exergue.
Au carrefour des sens et de l’imaginal, cet axe interroge la terre comme expérience spatiale dématérialisée à travers l’histoire, les cultures et les sociétés. Les atmosphères, les couleurs, les textures, l’odeur, les sons, les sensibilités liées à ce matériau, sa forme, son travail sont explorées. Les cultures constructives locales, les savoir-dire et les savoir-faire en construction en terre sont mises à nu via des approches sensibles appelant à considérer l’imagination créatrice de la matière et les ambiances architecturales et urbaines qu’elle engendre.
AXE 2. De l’Ingénierie de la terre
Bridant les techniques et mariant les savoirs en la matière, l’homme a érigé avec la terre les monuments les plus marquants dans l’histoire du développement matériel et spirituel des établissements humains, prouvant ainsi la résistance, la solidité et l’universalité de ce matériau.
Face à la crise paradigmatique que la construction en terre a connu avec l’avènement de l’ère industrielle, des tentatives ont été menées afin de rationaliser et de moderniser le savoir-faire savant et populaire de la terre. Ainsi, depuis la crise pétrolière des années 70 et les défis environnementaux qu’elle suscite, les politiques de construction à travers le monde n’ont plus le choix que de tenter une synthèse créative et opérationnelle entre les techniques traditionnelles et celles modernes pour construire en terre. En analysant ces savoirs endogènes et en les optimisant pour les adapter aux défis constructifs actuels, l'approche contemporaine formelle, structurelle et énergétique de la construction en terre fuse de procédés modernes qui tendent à augmenter la résistance de la terre. Si en la stabilisant, le défi structurel est relevé, quid de son esthétique ? La modernisation des méthodes de construction en terre a résolu l’aspect structurel mais a soulevé un problème esthétique. En préfabriquant des blocs de terre compressée ou des panneaux de mur en pisé et les stabilisant, nous nous rapprochons plus d’une esthétique constructive formelle orthogonale et lisse qui renvoie à des éléments en béton que d’une esthétique sensuelle émanant d’un modelage ancestral de la terre. Ce revers de la médaille est encore plus déstabilisant si nous considérons la quasi absence d’un cadre réglementaire pour les constructions en terre à travers le monde. Pourtant, ces constructions édifiées depuis des siècles sont toujours visibles et présentes comme symbole de résistance qui défie toute absence ou présence de législation.
Dans cet axe, l’évolution des techniques constructives en terre est retracée, alternant compréhension intuitive et compréhension réfléchie des propriétés structurelles, géotechniques et énergétiques de la terre. Les approches éducatives sur ce matériau sont examinées, considérées comme essentielles et conduisant à une hybridation réfléchie et consciente des savoirs techniques et les savoirs endogènes pour une expérience de la matérialité de la terre, de ses possibilités techniques et de ses limites constructives face au défi de la durabilité.
AXE 3. De l’Innovation de la terre
La recherche et le développement ouvre la voie devant l’innovation en matière de construction en terre. Cet axe explore la matière « terre » de sa matérialité à son immatérialité. En effet, l'innovation dans la construction en terre ne se limite pas à l'amélioration de ses propriétés physiques. Elle s'étend désormais au domaine du numérique.
Dans une optique d’optimisation énergétique du bâtiment, la terre devient un matériau « augmenté » par l’IoT, pilotant son avatar, son jumeau numérique qui présente un aperçu en temps réel sur son comportement énergétique face à la chaleur, au froid, à l’humidité, à l’air, à la lumière ou encore aux sons et aux odeurs. Les ambiances engendrées par la terre sont contrôlées, basculant d’un état naturel à celui artificiel. Véritable vecteur de technologie, les formes en terre ne sont plus sculptées mais deviennent paramétriques, obéissant aux règles du design génératif et permettant de créer des structures complexes et optimisées pour la résistance et la performance énergétique. Faire un relevé de formes sculptées et irrégulières en terre a aussi été révolutionné ces derniers temps. Les processus Scan-to-BIM présentent la solution pour le faire, intégrant les opérations de gestion et de maintenance à opérer sur les constructions en terre dans le cadre d’une méthodologie de Heritage Building Information Modeling HBIM, explorant les ontologies sémantiques de restitution de ces architectures aussi complexes que simples. En gagnant sur le temps, le coût et l’effort d’exécution, l’impression 3D de structures et de formes en terre est l'une des avancées les plus prometteuses. En utilisant des mélanges de terre et d'additifs spécifiques, des murs, des dômes et même des bâtiments entiers peuvent être édifiés couche par couche, sans coffrage ni main-d'œuvre en grand nombre. Les environnements immersifs transforment à leur tour l’expérience perceptive des architectures de terre et permettent de vivre la terre en se projetant dans une réalité augmentée, virtuelle ou mixte. Ces environnements sont autant au service des usagers que des bâtisseurs et des artisans, leur offrant la possibilité de tester des appareillages constructifs inédits en terre afin de garantir leur bonne mise en œuvre.
In fine, cet axe explore comment les technologies de pointe transforment l'expérience architecturale et urbaine, en faisant de la terre un support pour l'innovation et la durabilité. Ainsi, à travers l’intégration d’outils numériques, la terre contribue à des environnements plus adaptatifs, interactifs et connectés. Les voies de la recherche innovante en la matière sont explorées, ainsi que leurs développements à différentes échelles via des technologies de pointe.
FORMAT :
Le colloque est en mode présentiel.
DATES :
Les 05, 06 et 07 juin 2026
LIEU :
05 et 06 juin 2026 : L’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme ENAU, Sidi Bou Said, Tunisie
07 juin 2026 : Domaine Sainte Marie du Zit, Zaghouan, Tunisie
CALENDRIER :
- Lancement de l’appel à propositions : 24 Septembre 2025
- Deadline réception des résumés : 07 Janvier 2026
- Notification aux auteurs des résumés retenus : à partir du 21 Janvier 2026
- Deadline réception des posters : 21 Mars 2026
- Deadline réception des articles : 21 Avril 2026
- Notification aux auteurs des articles : à partir du 05 Mai 2026
- Deadline paiement des frais d’enregistrement au colloque/workshop : 12 Mai 2026
- Colloque : 05, 06 et 07 Juin 2026
LES FRAIS D’INSCRIPTION :
Les frais d’inscription sont de 300 TND pour le colloque et de 80 TND pour le workshop (120 Euros colloque / 40 Euros workshop pour les non-tunisiens). Les frais du colloque comprennent l’enregistrement, le pack matériel du colloque, les déjeuners et les pauses café. Les frais du workshop expérimental au Domaine Sainte Marie du Zit comprennent la participation au workshop et le diner gala. Les frais d’inscription sont à régler par virement bancaire sur le compte de l’Association Tunisienne de Mécanique des Roches ATMR. Les coordonnées bancaires de l’association seront transmises aux auteurs retenus après acceptation des articles/posters.
INFO & CONTACT :
faten.hussein@enau.ucar.tn

