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Projet ANR ReparH 2010-2014 : Reconstruire Parasinistre en Haïti

Partenariat scientifique : CRAterre – UR AE&CC/ENSAG et UJF-3SR, GADRU/PADED

Le projet ReparH, soutenu par l’ANR, s’appuie sur et accompagne des projets de reconstruction d’habitat qui ont été lancés suite au séisme de janvier 2010. Il a pour ambition de documenter et d’élaborer des éléments méthodologiques sur l’approche « cultures constructives » qui a été promue dans ces projets, au regard des enseignements tirés suite à la catastrophe et pus particulièrement du constat que les constructions traditionnelles ont mieux résisté au séisme que la plupart des constructions récentes.


Ce travail de recherche est mené en partenariat avec l’organisation GADRU et le réseau PADED, soutenus par Misereor pour la reconstruction de plus de 4000 logements. Il vise à étudier les cultures constructives locales et à valider scientifiquement le modèle de construction parasinistre conçu à partir de leur observation permettant de valoriser l’utilisation les matériaux locaux et les savoirs qui y sont associés. Le principal modèle développé se base sur un système constructif ossature bois contreventé et remplis en torchis, brique de terre crue ou pierre maçonné à la terre. Il est inspiré directement des traditions constructives locales et respecte la typologie de l’architecture locale, avec toutefois quelques modifications visant à améliorer la durabilité et le comportement à la fois en cas de séisme et de cyclone. L’équipe de recherche est renforcé par deux doctorants, qui travaillent respectivement sur l’architecture et les cultures constructives locales, et sur la partie ingénierie et construction parasismique du projet.



Dans le cadre des efforts déployés par Misereor avec la PADED, plus de 400 habitats ont déjà était construites et d’autres sont déjà en chantier. Entrepreneurs du Monde, ONG de microfinance à qui CRAterre apporte un soutien technique et méthodologique, a aussi réalisé plusieurs bâtiments aux abords de Port au Prince. Ces bâtiments, remarqués par le Ministère en charge de l’Habitat (MTPTC) ont amené à la préparation d’un dossier qui a permis la validation officielle du système constructif.


A mi projet  l’ensemble des partenaires a organisé un colloque sur l’habitat durable en milieu rural pour faire le point sur l’avancé des projets, confronter les points de vues scientifique, technique et de terrain et mettre en perspective ce projet. Ce colloque s’est tenu en mai dernier à Kenscof. Il a rassemblé une cinquantaine de personnes issues d’organisations membres de la PADED et des équipes de recherche associés à ReparH, ainsi que plusieurs personnalités haïtiennes reconnues (dont des représentants des universités) qui ont permis de placer les débats dans une perspective large et pluridisciplinaire.


Les recommandations issues de ce colloque à la fois générale et élaborées par des groupes de travail thématiques mettent l’accent sur la qualité de l’habitat rural, l’économie du projet, le développement rural durable et l’aménagement du territoire, avec des priorités en ce qui concerne la recherche, les projets de reconstruction, la formation et la communication. (voir ci dessous)


Les prochaines étapes du projet ReparH s’inscrivent dans ce cadre et les priorités établies. Il prévoit, d’ici fin 2013, la finalisation du travail de thèse des deux doctorants, les essais sur table vibrante au FCBA à Bordeaux et la communication des résultats de cette recherche sous différentes formes (articles, séminaires, publications, exposition) avec l’ensemble des partenaires du projet.

Colloque sur l’habitat durable en milieu rural  « La reconstruction par les familles paysannes  » - Conclusions et recommandations
17 mai - 19 mai 201, Belot, Kenscoff


Introduction

Le colloque portant sur l’Habitat durable en milieu rural, « la reconstruction par les familles paysannes », organisé du 17 au 19 mai 2012 à Belot, a rassemblé plus de 50 professionnels du développement, d’origine, de statut  et métiers divers, d’Haïti et d’ailleurs.

L’ensemble des participants remercie très chaleureusement la PADED et Fondhabisa ainsi que Misereor pour son important appui technique et financier, et CRAterre-ENSAG pour le soutien méthodologique. En effet, les diverses présentations ont permis de prendre connaissance des progrès réalisés par les diverses institutions, et les résultats plus qu’encourageants qui ont pu être enregistré, à la fois des points de vue qualitatif et quantitatif. Les avantages et désavantages des méthodologies et modèles d’habitat proposés ont aussi pu être dégagés.

Au-delà, les échanges qui ont eu lieu ont permis à chacun de progresser dans sa vision de la problématique de la reconstruction de l’habitat rural en Haïti, et des enjeux qui lui sont rattachés.

D’une façon générale, les conclusions et recommandations suivantes ont pu être dégagées.

Critères à prendre en compte

a. Qualité de l’habitat rural
L’habitat doit répondre à des critères variés, bien entendu d’ordre technique, mais aussi d’ordre social, culturel, économique et environnemental.
Il est plus particulièrement important de répondre aux questions de sécurité et de salubrité, mais aussi de répondre aux besoins réels, qui doivent donc être préalablement identifiés. Il est important que les modèles de construction proposés puissent permettre l’évolutivité, qu’ils correspondent aux besoins d’espaces associés (souvent aménagements externes) et aux capacités d’entretien des habitants.

b. Coûts, économie et financement

Le cout des constructions proposées doit être aussi proche possible des capacités des populations cibles, et de la nation, de façon à envisager une durabilité du processus de reconstruction, à la fois pour les populations et les artisans formés.
Outre cette question de l’emploi, il est aussi important de considérer l’impact en termes d’activités génératrices de revenus et enfin de marché potentiel pour les solutions proposées. Ceci nécessite de bien connaitre les différents intrants dans les coûts et leur importance (%).

c. Développement rural durable
Il faut placer les projets dans une perspective de durabilité, de prise en charge par les populations elles-mêmes et donc de renforcement de la résilience. Pour cela, il est important de :

  • valoriser la culture locale, les savoirs et savoir faire locaux,
  • valoriser les forces de la structuration communautaire, et viser à la renforcer,
  • exploiter mais respecter les ressources locales, dans une perspective de diversification des revenus, et en s’assurant, lorsque c’est possible, de leur renouvellement.


d. Aménagement du territoire
Il est important de comprendre l’évolution historique et les contraintes et opportunités du milieu, de façon à réfléchir de façon globale et de proposer des choix, des logiques qui permettent de créer des conditions favorables au milieu rural (en terme d’accès, de services, de foncier, de valorisation du terroir). Ceci doit se faire en lien avec les autorités et politiques locales de développement (plans de développement si ils existent), ainsi que celles proposées aux niveaux régional et national.


Recommandations :

Pour la qualité de l’habitat rural

  • Renforcer la bonne compréhension de l’habitat existant, dans une vision dynamique, de façon à concevoir des habitats qui répondent aux besoins (logement, autres activités, notamment agricoles, et petit artisanat) et aux espérances des habitants en termes d’amélioration.
  • Le concept d’habitat doit être pris au sens large : espaces construits et non construits et leur diversité de fonctionnalité (habitat, activités agricoles, artisanat,…).


En termes de coûts, d’économie et de financement

  • Approfondir la connaissance de ce qui entre dans les coûts (matériaux, main d’œuvre, transport, animation, supervision, encadrement) de façon à rendre les choix plus informés et donc plus pertinents ;
  • Lancer un processus visant la mise en place de systèmes pertinents et durables de crédits à la construction. Participer au plaidoyer pour l’instauration d’un système national pour cela.


En termes de développement rural durable

  • Pour la durabilité des actions, il est important que les projets viennent de la communauté, de s’assurer que l’on répond à un besoin.  Il faut aussi porter ces projets aux autorités de façon à vérifier leur compatibilité avec les plans de développement locaux.
  • La formation est un investissement. Il faut faire encore plus de capacitation, toutefois, en prenant bien en compte les aspects culturels.
  • Il faut vérifier la validité à long terme des modèles économiques proposés.


En termes d’aménagement du territoire

  • Eviter les zones à risque (cartographie) ;
  • Vérifier la conformité des projets envisagés avec la politique nationale ;
  • Vérifier la validité des logiques d’intervention en terme d’aménagement (dispersé, aggloméré) et ce en fonction des potentialités du territoire (typologie d’activité, actuelle, potentielle) ;
  • Prendre en compte les deux systèmes de gestion, traditionnel et légal (national, local) ;
  • Définir des zones d’intervention, homogènes ou complémentaires, géographiquement et socio économiquement ;
  • Travailler sur la mise en place de conditions favorables et, au-delà de l’habitat, penser aux besoins d’amélioration des accès et de services de base (routes, éducation, santé, eau, énergie).
  • Encourager les responsables locaux pour l’établissement de plans de développement et particper au suivi de leur mise en œuvre.


Engagements des participants


Tout en remerciant à nouveau Misereor et les autres partenaires qui les soutiennent pour la mise en œuvre de projets qui contribuent à l’effort de reconstruction durable du pays, et dans la perspective de réaliser cette reconstruction dans un temps raisonnable, les participants s’engagent à susciter et à proposer de nouvelles vagues de réalisations, en appui aux communautés locales.

Ces nouveaux projets prendront en compte les recommandations issues du présent colloque national. Pour faciliter cela, les participants suggèrent que les appuis qui leur sont faits comprennent à court terme les actions prioritaires suivantes :

En termes de recherche
La recherche doit être poursuivie, mais aussi structurée, et avant tout viser l’utilité sociale et une applicabilité rapide. Pour cela il faut :

  • faire émerger la demande et clarifier les besoins, via PADED, en utilisant son réseau ;
  • faire un état des lieux des besoins et des recherches en cours et des institutions qui ont un mandat dans le domaine de l’habitat (dans une perspective pluridisciplinaire) ;
  • organiser un séminaire national « recherche » en vue de proposer un programme et de trouver des complémentarités.


Projets de reconstruction

  • multiplier et étendre les projets à d’autres zones de façon à atteindre un rythme suffisant ;
  • proposer des projets visant la prévention dans les zones à risques ;
  • insister sur un bon diagnostic, une évaluation de la situation et la nécessité d’une planification stratégique ;
  • se rapprocher d’autres projets, notamment visant les infrastructures ;
  • produire un guide de « programmation et mise en œuvre de projets de reconstruction / amélioration de l’habitat rural ».


En termes de formation
La formation est indispensable pour garantir la qualité des réalisations et la durabilité des acquis au-delà des projets. Elle doit être renforcée, avec une évolution progressive vers le formel, et en allant vers plus de qualité et en axant sur la responsabilisation ; pour cela il est suggéré de :

  • identifier les institutions de formation qui pourraient introduire certains modules dans leur cursus, et prendre contact avec les autorités compétentes de l’Etat ;
  • rédiger des manuels techniques adaptés à chaque zone ;
  • mettre en place des formations de formateurs ;
  • développer de façon plus précise les protocoles de certification validant les compétences en termes de savoirs, savoir faire et savoir être.


Communication

  • améliorer la communication à la fois dans ses aspects internes, entre les institutions, mais aussi dans ses aspects externes, de façon à faire connaitre les projets et les solutions qu’ils proposent ;
  • organiser des réunions spécifiques au niveau de la PADED ;
  • identifier les autres organisations et organiser d’autres séminaires ;
  • penser à l’adaptation des contenus en fonction des cibles, y compris la question de la langue.
à court terme,
  • produire un document de synthèse sur les projets permettant d’approcher les autres partenaires et médias avec lesquelles on pourra faire des opérations de communication (radio, TV, …) et
  • produire l’ Almanach 2013 de PADED sur le thème de l’habitat, en valorisant les modèles de constructions réalisés dans le cadre du projet, et ce en visant une distribution très large sur tout le territoire national;



Suivi du séminaire

Afin que ces recommandations puissent être mises en œuvre, un comité de suivi est créé. Il est composé de représentants de :

  • Gadru - Jean Mary Louis
  • Iratam -Emile Eyma
  • Misereor – Alexandre Douline
  • CRAterre – Philippe Garnier
  • EdM, - Fils Aimé Thelcine